Enregistrer pour policer. Usages du registre et travail de bureau à la Lieutenance générale de police de Paris, 1730-1760

Police, justice et société au xviiie siècle
Par Marie-Elisabeth Jacquet, Goulven Kérien
Français

Actuellement conservées à la bibliothèque de l’Arsenal (BnF), les archives de la Lieutenance générale de police de Paris laissent apparaître durant les décennies 1740 et 1750 un véritable bond qualitatif des pratiques bureaucratiques de la police. L’accumulation de papiers se double en effet de la floraison d’un nouvel outil administratif, le registre, qui conduit à interroger la place des activités écrites dans les pratiques policières. Ainsi, avant même le célèbre mémoire de l’officier de la maréchaussée Guillauté en 1749, l’enregistrement s’impose comme l’instrument indispensable à la connaissance des populations parisiennes. Ce travail de bureau des policiers représente alors une dimension nouvelle et croissante de leur activité à côté de leur présence sur le terrain jusqu’alors dominante. D’abord apparu comme une nécessité dans le domaine de « la recherche des voleurs » avant le milieu du siècle, le recours aux pratiques d’enregistrement se propage ensuite plus largement dans la police dans le contexte réformateur des lieutenances de Berryer (1747-1757) et Sartine (1759-1774). Consacrant un nouveau style de police fondé sur la surveillance ciblée et l’enregistrement, il favorise à terme l’émergence d’une véritable culture policière de l’écrit. Cette évolution, forgée dans la pratique et marquée par l’empirisme et les tâtonnements, permet néanmoins à la police parisienne de devenir dans les années 1760, aux côtés de l’Armée et de la Marine, l’un des foyers d’une nouvelle culture administrative, ici au service de la régulation de l’ordre urbain dans la capitale du royaume.

Mots-clés

  • France
  • Paris
  • xviiie siècle
  • police
  • écrit
  • bureaucratie
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