Gens sans droits ? Un laboratoire méditerranéen

Vendredi 17 juin 2016, 14h-18h
Table ronde organisée par la Société d’Histoire Moderne & Contemporaine
Centre Malher - 9 rue Malher, 75004 Paris
Amphithéâtre Dupuy
Accès : Métro, Ligne 1 : Station Saint-Paul
La séance sera suivie d’un cocktail vers 18h.
Entrée libre. Merci de signaler votre présence par un simple courriel.
Contact : sr.rhmc@gmail.com

Sans papiers, sans terre, sans patrie, sans logement. Peut-on penser, dans la longue durée, l’histoire de ceux qui, dans des contextes sociaux et historiques divers, se sont trouvés en situation de faiblesse juridique ? La crise migratoire en Europe a ouvert une réflexion sur les conditions d’appartenance aux sociétés européennes, le plus souvent déclinée en termes culturels dans la sphère médiatique. Au-delà de l’actualité, la question de l’appartenance sociale associée à celle de l’accès aux ressources locales taraude les historiens des sociétés anciennes depuis quelques décennies déjà. Il en ressort que l’incertitude des droits n’est pas réservée aux « gens venus d’ailleurs » : des moments singuliers de l’existence ou des situations de crise politique peuvent entraîner la mise en œuvre de processus affaiblissant la capacité de certains acteurs ou groupes sociaux d’accéder au travail, à la justice, à la vie politique, à certaines sources de revenus. Quels droits revendiquent ceux qui en sont privés, de manière ponctuelle ou prolongée (gens d’ici et d’ailleurs, bannis, exilés, esclaves, prisonniers, gens en situation de mobilité…) ? De quelle manière les droits déniés ou attribués par des autorités politiques et ceux revendiqués par ces acteurs sociaux creusent-ils les sillons de la pratique sociale ? Le terrain méditerranéen constituera le point de départ de ces interrogations.

Programme

  • Introduction : Natividad Planas (Université Blaise-Pascal)
  • Myriam Catusse (IFPO-CNRS)
    « Le travailleur, le refugié et l’étranger : ébauche d’une enquête sur les “sans-droit” au travail dans le Liban contemporain »
  • Caroline Douki (Université Paris 8-IDHES)
    « Où passent les droits des migrants en mer ? Enjeux et limites d’une tentative italienne de protection juridique des émigrants transatlantiques au début du XXe siècle »
  • Claire Judde de Larivière (Université de Toulouse-FRAMESPA) et Rosa Salzberg (University of Warwick)
    « Quels droits pour les migrants à Venise au XVIe siècle ? »
  • Jérémie Foa (Université Aix-Marseille-TELEMME)
    « Tout perdre en un jour. Les huguenots et l’édit de Nemours (1585) »
  • Jean-Baptiste Xambo (LabexMed/Aix-Marseille Université)
    « Travail, transmission et droit de cité. La condition négociée des Turcs & Forçats des galères louis-quatorziennes de Marseille »
  • Thomas Glesener (Université Aix-Marseille-TELEMME)
    « Se faire musulman. Pratiques du travestissement et accès aux droits de l’asile » (Espagne XVIIIe siècle)
Contrepoint

  • Hélène Combes (Sciences Po, Paris)
    « La señora Flor : du droit au logement au droit de la militante. Sociologie de l’engagement dans un quartier populaire de Mexico (1985-2015) »
Discussion, suivie d’un cocktail



Les revues de sciences sociales françaises en danger


Avec la Loi Lemaire « République numérique », et son article 17 sur la généralisation de l’accès ouvert, l’existence des revues françaises de sciences sociales est menacée. En effet, si la barrière mobile des portails numériques (moment où l’accès devient totalement gratuit) est ramenée à 12 mois, et si les chercheurs sont fortement « incités » (euphémisme) à déposer immédiatement leurs articles ou chapitres de livres collectifs dans des « archives ouvertes » elles aussi en accès gratuit, la fragile économie des revues (et de l’édition scientifique en général) se trouvera mise en péril.

Or le système actuel permet aux bibliothèques d’offrir aux chercheurs et aux enseignants un large accès ; à défaut, le prix d’achat des articles reste fort modique (3 à 5 euros sur Cairn), et n’a rien à voir avec la situation en Sciences techniques et médicales. Au bout de 3 ans environ, l’ensemble devient d’accès totalement gratuit. Au nom de l’accès ouvert immédiat, faut-il asphyxier l’édition scientifique en France ? Faute de ressources et d’abonnements, quel avenir pour nos revues ? C’est cette inquiétude qu’exprime la tribune parue jeudi 17 mars sur Libération.fr, et que nous reproduisons ci-dessous.

http://www.liberation.fr/debats/2016/03/17/les-revues-de-sciences-sociales-en-danger_1440203

Pour vous associer à cet appel, vous pouvez envoyer vos signatures à rhmc@ens.fr



Loi numérique : un point de vue oublié, celui des chercheurs

Nous appartenons à différentes générations de la recherche française en sciences humaines et sociales ; les revues font partie de nos parcours scientifiques ; nous y publions des articles et des comptes rendus ; certains en ont fondé jusqu’aux récentes en ligne. Nous aimons nos revues, nous les défendons. Ces dernières sont au fondement du rayonnement de la recherche française dans l’espace scientifique international et aussi, faut-il le rappeler, de l’évaluation scientifique de nos travaux.

Ces revues existent en France grâce à une économie le plus souvent hybride, association entre le secteur public et l’édition privée. Cette association a une longue histoire qui ne résulte pas d’une logique de profit pour les éditeurs comme pour les auteurs, mais d’un souci partagé de produire par un travail commun des objets de savoir les plus exigeants et rigoureux. Éditer une revue est un long processus, qui mobilise des lecteurs, des évaluateurs, des correcteurs, des éditeurs, des graphistes, des imprimeurs, des libraires, des bibliothécaires…

Ensemble, nous vivons et continuons à travailler dans l’ère numérique. Nous le faisons en dialogue avec les maisons d’édition de nos revues ; nous développons des portails thématiques, des espaces de dialogue, utilisons quotidiennement le Net et ses ressources.

Or, l’article 17 de la « loi pour une République numérique » qui, après avoir été adoptée en janvier par l’Assemblée nationale sera soumise au Sénat début avril, menace de mettre fin à cette économie de production, même si ce n’est pas son intention affichée. Il souhaite que désormais, nous chercheurs, nous publiions nos articles en libre accès sur Internet douze mois après leur parution dans les revues. Nous sommes contre cet article qui fragilisera d’abord – et à moyen terme anéantira assurément – la pratique de l’édition scientifique telle que nous la défendons. Nous sommes bien sûr favorables à l’accès le plus large possible à nos travaux, mais nous sommes plus attachés encore à la défense des lieux de savoir que sont nos revues aujourd’hui, produit de compétences diverses et complémentaires.

Nous ne sommes pas naïfs pour autant sur ce que l’« open access » véhicule et le type d’économie qu’il peut promouvoir s’il est mal pensé. Nous avons été les témoins de la manière dont les bibliothèques publiques ont été progressivement pillées comme ressources des grandes compagnies ultralibérales comme Google. Sous couvert de gratuité, il s’agit bien pour certains des actuels promoteurs de l’« open access » d’uniformiser le paysage des revues en sciences humaines et sociales françaises, de les lisser, d’en gommer l’extraordinaire diversité pour ne conserver que les plus « liked ».

Aussi, nous demandons à Mesdames et Messieurs les sénateur-e-s de remanier l’article 17 afin d’étendre le délai de mise en accès libre de nos travaux à une plus longue durée. Laquelle ? Celle qui permet à la fois à cette économie hybride des revues de se maintenir et à nos organismes de recherche publique d’être en mesure économiquement de porter des plateformes d’accès de qualité avec des indexations fiables et indépendantes. Car là est sans doute la question majeure et paradoxale : en voulant mettre fin à une collaboration réussie entre le secteur privé et la recherche publique, n’est-on pas en train de mettre à mal la spécificité et la force de la recherche française en sciences humaines à travers le monde, loin des moteurs de citations du Net ?

Premiers signataires :

Philippe Artières, CNRS-EHESS
Sophie Cœuré, université Paris 7, membre de la revue Matériaux pour l’histoire de notre temps et de la Revue d’études slaves
Quentin Deluermoz, université Paris 13
Patrice Flichy, université Paris-Est, responsable de la revue Réseaux
Dominique Kalifa, université Paris 1-IUF
Margaret Maruani, CNRS, responsable de la revue Travail, genre et sociétés
Philippe Minard, université Paris 8 et EHESS, responsable de la Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine
Michelle Perrot, université Paris 7, co-fondatrice de la revue Le Mouvement social
Daniel Roche, Collège de France, directeur de la Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine
Martine Segalen, université Paris-Ouest, responsable de la revue Ethnographie française
Valérie Tesnière, EHESS
Michelle Zancarini-Fournel, université Lyon 1, membre de la revue Clio. Femmes, genre et histoire
Le comité éditorial de la Revue historique
Le comité de rédaction de la Revue philosophique de la France et de l’étranger
Le comité de rédaction de la revue Écrire l’histoire
Le comité de rédaction de la Revue d’histoire du XIXe siècle

Nouveaux signataires :

Éric Brian, EHESS, directeur de la Revue de Synthèse
Xavier Boniface, université de Picardie, directeur de la Revue d’histoire de l’Église de France
Philippe Bourdin, université Blaise-Pascal, ancien directeur des Annales historiques de la révolution française
Nathalie Heinich, CNRS, co-fondatrice et membre du comité éditorial de la revue Sociologie de l'art
Yves Déloye, Sciences Po Bordeaux, directeur de la Revue française de science politique
Didier Gazagnadou, université Paris 8
Jean-François Laé, université Paris 8
Yves Sintomer, université Paris 8
Emmanuelle Sibeud, université Paris 8
James Collins, Georgetown University




Le dernier numéro

Revue d'histoire moderne et contemporaine 2015-4bis

Économie et politique de l’« accès ouvert » : les revues à l’âge numérique

144 pages
I.S.B.N. 9782701194912

Sommaire

Sommaire
 
Page 7 à 7

Économie et politique de l’« accès ouvert » : les revues à l’âge numérique

 

Économie et politique de l’« accès ouvert » : les revues à l’âge numérique

L’« accès ouvert » : à quel prix ?

Page 8 à 21

Les revues à l’âge numérique : au péril de l’idéologie

Philippe Minard

 
Page 22 à 32

Le numérique et l’économie éditoriale des revues scientifiques

Étienne Anheim

 
Page 33 à 42

À la recherche de l’accès ouvert. Revues et nouveaux formats numériques

Guillaume Calafat et Eric Monnet

 
Page 43 à 61

Pour qui écrivons-nous ?

Claire Lemercier

 
Page 62 à 70

Les revues en sciences humaines et sociales à l’heure des communs

Odile Contat et Didier Torny

 
Page 71 à 82

Les revues SHS de langue française à la croisée des chemins

Marc Minon, Thomas Parisot et Stéphane Bureau

 
Page 83 à 99

En France, au cœur de la révolution numérique internationale

Patrick Fridenson

 

Repères pour un débat

Page 100 à 103

Les faux-semblants du « tout gratuit »

Philippe Minard

 
Page 104 à 114

Open access : la schizophrénie française (mars 2013)

Eric Monnet

 
Page 115 à 128

2013-2015 : éléments d’un débat public

 

Page 129 à 130

Bulletin de la Société d’Histoire Moderne & Contemporaine

Supplément annuel de la RHMC

Fiche technique de ce numéro

  • Revue d’histoire moderne et contemporaine
    n° 62-4 bis, 2015/5 - 144 pages
  • I.S.B.N. : 9782701194912