Politiser la médecine. La psychiatrie extrahospitalière en Russie soviétique (années 1920 et début des années 1930)

Les malades et l'institution hospitalière
Par Grégory Dufaud
Français

Cet article s’efforce de montrer comment une approche marginale de la maladie mentale a pu acquérir pour un temps le statut de politique de santé publique. En Russie, à l’instar de l’Europe, la psychiatrie s’est construite autour de l’asile. Dès la fin du XIXe siècle, des psychiatres réclament que le dispositif hospitalier soit complété par des institutions qui seraient mieux inscrites dans le tissu social et feraient de la prévention. Après la révolution d’Octobre, le Commissariat à la santé (Narkomzdrav) de Russie prend des décisions en faveur de la « psychiatrie extrahospitalière » qui est d’une importance très limitée pendant la NEP avant de devenir prioritaire par rapport à la psychiatrie hospitalière par un décret de 1929. Le poids qui lui est accordé est cependant de courte durée, car un nouveau texte de loi exige à peine deux ans plus tard que le Narkomzdrav porte plutôt son attention sur le dispositif hospitalier et revienne, de ce point de vue, à l’orientation qui avait été la sienne. La primauté de la psychiatrie extrahospitalière n’a donc été qu’une parenthèse qui renvoie, au fond, au rôle prêté aux psychiatres au sein du projet transformatif soviétique, et soulève le problème de la protection accordée par l’État aux individus impliqués dans la réalisation de la nouvelle société, voulue collectiviste.

MOTS-CLÉS

  • Union soviétique
  • médecine
  • psychiatrie
  • dispensaires
  • industrialisation ?
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