Vendre et acheter des disques aux États-Unis (1920-1930) : pratiques commerciales et discriminations raciales dans les magasins de musique

Par Manuel Bocquier
Français

Cet article propose une histoire sociale des publics de la race music et de la old-time music. Catégorisées et commercialisées à partir des années 1920, ces deux musiques inondent le marché et sont racialement opposées : elles sont respectivement identifiées à la population noire et à la population blanche et associées au sud des États-Unis par les maisons disques. Ce travail étudie la racialisation de ces musiques et de leurs publics, ainsi que les effets de ce processus sur les pratiques de consommation de la musique. Il analyse le rapport entre les représentations de la old-time music et de la race music et de leurs consommateurs, d’une part, et les pratiques de consommation de ces musiques dans les magasins de disques des années 1920, d’autre part. En passant des représentations des consommateurs aux pratiques de consommation, cet article montre qu’en réalité la ségrégation musicale qui caractérise la production des disques ne se retrouve pas dans la vente et l’achat de disques dans les magasins de musique : les maisons de disques ségrèguent race music et old-time music dans des définitions et des représentations racialement opposées, mais les magasins les vendent ensemble à des consommateurs noirs et blancs, au sein d’une offre musicale plus large. Si les représentations racialement distinctes des consommateurs de la musique n’agissent pas sur la manière dont la musique est effectivement consommée, elles appuient en revanche des pratiques discriminatoires à l’encontre des consommateurs noirs dans les magasins, au nord comme au sud des États-Unis.

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