L’ombre du voyageur. Pratiques de l’écrit itinérant en Méditerranée moderne

Par Ana Struillou
Français

À partir de la fin du xvie siècle, en même temps qu’augmente le nombre de captifs chrétiens retenus au Maghreb, la fréquence des missions de rachat qui y sont organisées par les ordres trinitaires et mercédaires depuis la péninsule Ibérique s’intensifie. Ces religieux ne voyagent pas seuls vers les ports maghrébins : ils sont systématiquement accompagnés de maîtres-écrivains mandatés par la Couronne, chargés d’enregistrer les dépenses des missions, qu’il s’agisse de frais liés au rachat de captifs ou au voyage lui-même. À travers une analyse approfondie des livres de comptes produits par ces maîtres-écrivains et de leurs registres notariés, cet article explore les spécificités de leurs pratiques scripturaires itinérantes, depuis les conditions matérielles de la production scripturaire jusqu’aux caractéristiques des documents qui en résultent. Parce qu’elle témoigne du poids que fait peser l’impératif quasi-incessant d’enregistrement et de quantification sur la mobilité, leur étude permet de nuancer la fluidité trop souvent prêtée aux mobilités transméditerranéennes modernes, comme d’en faire émerger des acteurs oubliés. Toutefois, faire l’histoire de ces pratiques scripturaires itinérantes impose s’interroger aussi sur le caractère éphémère des écrits qui en résultent, conséquence de pratiques de préservation et d’archivage qui surviennent avec la fin de la mobilité, et donc de s’intéresser au moment de réduction documentaire que constitue le temps du retour.

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