État hybride, corps, appartenances plurielles dans la France du XVIIIe siècle : le cas Thomas Riboud
Le cas Thomas Riboud montre les complexes relations d’appartenance étatique durant la décennie 1780 d’un officier moyen et subdélégué, entre État d’offices et État des commissaires. Les coûts de son incorporation, en partie subie, paraissent multiples. Ils sont financiers, avec une charge de judicature estimée peu rémunératrice, et existentiels, avec une situation de porte-à-faux entre sa pratique ordinaire de la justice royale comme procureur du roi au bailliage-présidial de Bourg-en-Bresse et sa conception idéale d’homme des Lumières. Le désajustement aboutit, d’une part, à des pratiques lettrées en forme de prise de distance et de débouché créatif par rapport à un habitus potentiellement clivé, et d’autre part, à une sortie définitive de l’institution. A contrario, l’exercice concomitant de la subdélégation, synonyme d’intégration à l’État administratif, autorise une concordance et une cohérence entre représentations, attentes et pratiques. Être commissaire en second offre plusieurs avantages : économiques, en procurant de substantielles ressources ; sociaux, en renforçant la notabilité locale ; politiques, en donnant un fort pouvoir d’agir à l’échelle locale. La désincorporation choisie de la compagnie seconde et l’investissement, durable et intéressé, dans l’administration territoriale représentent deux dimensions convergentes d’un parcours qui privilégie la désaffiliation corporative et l’adhésion au gouvernement par l’extraordinaire.
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