Comptes rendus

KIRAN KLAUS PATEL, The New Deal. A Global History, Princeton, Princeton University Press, 2016, 456 p., ISBN 978-0-691-14912-7

par Alain Chatriot  Du même auteur

Si la politique menée par le président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt, communément baptisée New Deal, a souvent été étudiée, l’approche que propose Kiran Klaus Patel est nouvelle dans le sens où il se propose d’en écrire une histoire « globale ». Professeur à l’université de Maastricht après l’avoir été à l’Institut universitaire européen de Florence, Patel avait publié en allemand en 2003 sa thèse d’histoire comparée sur la question du travail en Allemagne et aux États-Unis entre 1933 et 1945 (traduite en anglais sous le titre Soldiers of Labor. Labor Service in Nazi Germany and New Deal America, 1933-1945, Cambridge 2005). L’objectif est clairement de « désexceptionnaliser » l’histoire du New Deal états-unien, Patel expliquant fermement que pour l’historien : « an exceptionnalist or even simply nation-centered interpretation is insufficient » (p. 3). Si la définition même du New Deal a pu varier, le regard est centré ici sur le nouveau rôle du gouvernement dans la vie quotidienne des gens et donc sur les transformations des formes de l’action publique.

Parcourant tout le spectre des mesures prises par les équipes de Roosevelt sur les questions monétaires, agricoles, industrielles, d’aménagement du territoire, de protection sociale, Patel montre avec précision l’importance des relations transnationales antérieurement établies par les promoteurs de ces politiques. Il cite des voyages, le rôle de l’Organisation internationale du travail, note les partages d’expérience avec la Suède ou même le Japon. Il prolonge ainsi les analyses sur la période antérieure jadis proposées par D.T. Rodgers dans son Atlantic Crossings. Social Politics in a Progressive Age (Cambridge 1998). Dans cette perspective, Patel s’intéresse davantage aux « experts » en charge des réformes qu’aux membres du Congrès ou au rôle de la Cour suprême – certes déjà souvent étudiés par d’autres historiens.

Le livre, synthèse d’innombrables travaux, sait toujours être très clair, y compris sur des questions autant discutées que les origines de la crise économique des années 1930. L’historien ne néglige pas non plus de rappeler les critiques diverses et successives du New Deal pour éviter l’image dorée construite par les mémoires ultérieures. Il souligne cependant justement que les parallèles historiques ne sont pas seulement à trouver entre New Deal et fascisme ou communisme – discours assez courant dans les années 1930 – mais bien dans les expériences d’action des différents États pendant la Première Guerre mondiale. Les analyses sur les enjeux monétaires sont l’occasion d’une belle démonstration d’une approche à l’échelle planétaire tout comme pour les enjeux géopolitiques. Enfin, le livre réfléchit aussi à l’adaptation de la politique de Roosevelt au cadre de la Seconde Guerre mondiale, retrouvant sur ce point les acquis de la recherche de J. T. Sparrow (Warfare State. World War II Americans and the Age of Big Government, Oxford 2011).

Les cinquante pages de bibliographie proprement dite (et douze pages d’archives et de sources imprimées) constituent un outil incontournable pour tout historien de l’entre-deux-guerres à l’échelle mondiale – sans oublier le sérieux des cinquante pages de notes. Le cas français n’est sans doute pas le mieux traité dans le volume et la bibliographie mobilisée assez vieillie peut parfois surprendre mais, par chance, Patel a pu bénéficier de l’ouvrage récent de P. Nord (France’s New Deal. From the Thirties to the Postwar Era, Princeton 2010, traduit en français sous le titre Le New Deal français, Paris 2016).