Travail et niveau de vie, ou la « révolution industrieuse » en débat

Niveau de vie et révolution des objets dans la France d’Ancien Régime. Meaux et ses campagnes aux XVIIe et XVIIIe siècles

par Gérard Béaur  Du même auteur

Résumé

En exploitant le corpus des inventaires après décès réuni par Micheline Baulant pour la région de Meaux aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’évolution du niveau de vie des populations de la ville et de sa campagne a pu être mesurée. Elle témoigne d’une stagnation au cours du XVIIe siècle et d’une forte progression pendant le siècle suivant, ce qui permet de confirmer la réalité d’une « révolution des objets » ou d’une consumer revolution en milieu rural dans la France du XVIIIe siècle. Mais ce changement ne semble guère coïncider avec une « révolution industrieuse », c’est-à-dire une intensification du travail qui résulterait d’une nouvelle fièvre de la consommation. Ni le contexte démographique, ni la présence d’une proto-industrialisation opportune ne permettent en effet de valider cette théorie. La distribution sociale des principaux bénéficiaires de cette embellie la contredit nettement : les bourgeois sont les grands gagnants mais pas les laboureurs, pourtant en voie d’enrichissement rapide. Il faut sans doute chercher ailleurs que dans une intensification du travail les raisons de la hausse du niveau de vie : conjoncture économique favorable après les catastrophes et les guerres qui l’ont précédée ; offre de produits nouveaux apportés par le renouveau du commerce qui vient stimuler la demande. La rupture franche qui se produit très précisément autour de 1715 milite en ce sens et semble confirmer cette double hypothèse.

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