Action sociale

Les « enfants de Madame Massu ». Œuvre sociale, politique et citoyenneté pendant et après la guerre d’Algérie (1957-1980)

par Yves Denechère  Du même auteur

Résumé

L’Association pour la formation de la jeunesse (AFJ) est créée à Alger en 1957 dans le but de recueillir des enfants musulmans isolés et de leur apporter une formation dans un contexte de guerre où les enjeux autour de l’enfance et de la jeunesse sont exacerbés. Présidée par Suzanne Massu – épouse du général qui mène alors la « bataille d’Alger » – l’association gère plusieurs établissements accueillant des centaines de yaouleds. L’entreprise sociale n’est pas exempte de dimensions politiques et de motivations idéologiques : il s’agit aussi de préparer ces garçons à devenir des citoyens français à part entière dans une Algérie nouvelle. Confrontée à l’évolution politique de la question algérienne, l’association s’adapte. Profitant d’une colonie de vacances organisée en Béarn durant l’été 1961, des dizaines d’enfants restent en France, d’autres sont amenés d’Alger au printemps 1962. Dans les années 1960 et 1970, les adolescents grandissent, entrent en formation professionnelle puis s’insèrent dans la vie active, se marient et gardent un lien personnel fort avec Suzanne Massu. Les jeunes sont invités à changer leurs prénoms arabes ou berbères pour des prénoms français, à confirmer leur nationalité française. Aujourd’hui encore ils entretiennent une mémoire ténue des « enfants de Madame Massu » comme ils aiment s’appeler eux-mêmes. Des sources inédites et très diverses permettent d’éclairer la réponse politique et sociale à la situation des yaouleds. Le prolongement de l’action au-delà de la guerre d’Algérie permet de mieux cerner les intentions biopolitiques et les modalités pratiques qui transforment des enfants nécessiteux d’Alger en citoyens français, comme si c’était une victoire symbolique et ultime au-delà de l’Algérie française.

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