Les cent fleurs de la réforme agraire (XXe siècle)

Les politiques agraires de la Révolution chinoise

par Lucien Bianco  Du même auteur

Résumé

La Révolution chinoise a maltraité ses paysans, bien qu’elle fût plus proche d’eux et mieux disposée à leur égard que les bolcheviks. La réforme agraire illustre le contraste avec la révolution bolchevique : les communistes donnent la terre des riches aux paysans, alors que les paysans russes s’en étaient emparés eux-mêmes en 1917. Cette réforme agraire n’en est pas moins une véritable révolution agraire, qui polarise une société rurale qui se percevait comme solidaire face à la ville plutôt que divisée en classes hostiles.
En multipliant les micro-exploitations non viables, la réforme agraire hâte le passage aux étapes suivantes. De la collectivisation au Grand Bond en avant, celles-ci ramènent la politique agraire des révolutionnaires chinois dans le rang : ils imitent leur modèle, lors même qu’ils prétendent s’en affranchir. La marche à la collectivisation est cependant plus progressive qu’en URSS.
De la collectivisation à la communisation ou mise en commun des biens dans les communes populaires, telle apparaît l’ambition du Grand Bond de 1958. Tout n’est pas utopique dans la stratégie du Grand Bond, qui s’inspire de considérations pragmatiques, à commencer par le souci de mieux utiliser une main-d’œuvre rurale surabondante. La nature du régime est largement responsable des désordres et désastres de son application, qui a provoqué une des famines les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité. Afin de la juguler, des autorités locales et régionales introduisent des innovations qui seront systématisées après la mort de Mao. Au début des années 1980, la décollectivisation liquide l’héritage socialiste et les paysans deviennent des fermiers exploitant à leur guise la parcelle de propriété collective du village qui leur a été allouée.

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